Je m’appelle Fatoumata Camara, communément appelle Matoma, la fondatrice de Fondation Matoma Pour la Justice Sociale. Née et élevée à Conakry en Guinée, j’ai grandi dans un environnement où les injustices faites aux jeunes filles sont souvent tues, normalisées ou simplement ignorées. Très tôt, j’ai pris conscience que, dans mon pays, naître fille signifie encore affronter des obstacles que les garçons ne rencontrent pas : violences basées sur le genre, mariages précoces, abandon scolaire, absence de soutien psychologique, manque de représentation dans les espaces de décision. Chaque histoire que j’entends, chaque camarade dont la vie bascule sous le poids de ces injustices laisse en moi une trace indélébile.
Loin de me résigner, je me suis enfoncé dans une conviction que : la voix des jeunes filles doit être entendue, leur dignité protégée, leurs rêves respectés. Au collège, je découvre la puissance de la solidarité féminine en écoutant mes amies se confier, souvent en secret, par peur de la honte ou des représailles. Ces confidences deviennent le moteur de mon engagement. Je réalise que, malgré mon jeune âge, je peux être ce soutien, cette épaule, cette source d’espoir que beaucoup de filles n’ont jamais eue.
C’est ainsi que j’ai commencé à m’impliquer dans des initiatives scolaires : clubs de lecture, groupes de discussion entre filles, actions de sensibilisation improvisées dans les classes. Mon naturel empathique et ma capacité à rassembler m’a valu rapidement le respect de mes camarades. Je deviens un point de repère, une jeune conseillère, attentive aux douleurs des autres et déterminée à transformer ces douleurs en force collective.
Le déclic survient le jour où une camarade subit une injustice particulièrement grave, sans aucun cadre de protection pour l’aider. J’ai compris alors que mes efforts individuels, bien que précieux, ne suffisent plus. Il faut une structure, une organisation, un espace sécurisé et institutionnalisé pour protéger, soutenir et autonomiser les filles. C’est de cette volonté que naît la Fondation Matoma Pour la Justice Sociale.
Grâce aux soutiens de mon père, à qui je me confiais à chaque fois qu’on me racontait un cas d’injustice, j’ai eu l’initiative de fonder cette fondation après avoir réussir mon BEPC et entrer au lycée. La Fondation, pour moi, symbolise à la fois le courage de la jeunesse et la capacité de transformation qu’une jeune fille peut porter. Pour moi, créer une ONG n’est pas un acte symbolique : c’est un engagement profond, une promesse faite à toutes les filles qui souffrent en silence. À travers cette initiative, je veux briser les tabous, libérer la parole, et bâtir des solutions concrètes sur le terrain.
Mon ambition dépasse largement les murs de mon école. Je rêve d’une Guinée où chaque fille peut étudier en sécurité, exprimer son opinion sans crainte, accéder aux mêmes opportunités que les garçons, et s’épanouir pleinement. Une Guinée où les injustices sociales ne sont plus une fatalité mais un combat collectif.
Aujourd’hui, je ne suis plus une jeune lycéenne engagée en solo mais des jeunes fille symbole de résilience et d’espoir. Avec mes collaborateurs, nous voulons que la fondation devienne le catalyseur d’un mouvement en pleine expansion. À travers cette fondation, voulons montrer au monde qu’il n’y a pas d’âge pour changer les choses, seulement du courage, de la compassion et une vision claire d’un avenir meilleur.